Maîtres Morihei Ueshiba fondateur de l'aïkido

Histoire de l'aikido par Tamura Sensei

Histoire d'un
Art Martial

Grands Maîtres
et influences

 

Historique de l'Aïkido par Maître Tamura (1986)

L'aikido a été créé par l'incomparable budoka qu'était Ueshiba Morihei.

Il a dépassé le bujutsu qui oppose le fort au faible, la victoire à la défaite et ouvert le chemin du développement de la personnalité par le polissage quotidien et constant du corps et de l'esprit. Ce Budo qui correspond à l'époque contemporaine, il l'a nommé Aikido. Ayant vu dans sa jeunesse son père battu par des "gros bras" pour des questions politiques, il a ressenti le besoin d'étudier le bujutsu. Cet évènement n'a-t-il pas donné naissance à la volonté inflexible qui le fit consacrer, sa vie durant, à la pratique du Budo? il a maîtrisé les arcanes d'écoles japonaises traditionnelles telles que Aioi-Ryu Jujutsu, Kito-Ryu Jujutsu, Daito-Ryu Jujutsu, le ken de shinkage-ryu, Hozoin-Ryu Sojutsu, etc.

On peut dire que sa rencontre avec Takeda Sogaku du Daito-Ryu fut déterminante et lui ouvrit les yeux sur le Budo. En effet, la pratique du bujutsu, qui ne conduit pas à la salvation de l'humanité, n'avait pu le satisfaire, ce qui le fit s'orienter vers la pratique spirituelle.

A 18 ans il voulut devenir un "Grand Marchand" et "monta" à Tokyo. Plus tard, il partit, entraînant quelques quatre-vingt personnes avec lui, comme volontaires, à Hokkaido, sur la "Frontière du Nord" où il devint un leader respecté. Il y resta huit ans et y fonda le village de Shirataki. Il tenait de son père cet esprit très entreprenant et ne pouvait que s'entendre avec Deguchi Wanisaburo, l'organisateur d'omoto Kyo, qui rêvait, lui, de créer le paradis sur terre en Mongolie (même si O Sensei le rencontra d'abord en vue de lui demander de guérir son père).

La disparition de son père, qui l'avait déjà compris et soutenu bien avant qu'il ne fut reconnu, lui causa une grande affliction. La perte quasi simultanée de ses deux fils ajouta à ses épreuves et il est certain que la main tendue et le coeur chaleureux du Révérend Deguchi lui furent d'une aide incalculable.

La foi profonde qu'il manifesta dès sa plus tendre enfance, renforcée par la rencontre avec son maître, inassouvie par la pratique du bujutsu, le poussa à la recherche d'une voie qui mène au travers du Bu à la paix dans un monde qui est une grande maison ouverte à tous les hommes.

D'avoir pratiqué avec le Révérend Deguchi, d'être parti avec lui en Mongolie, d'avoir été jeté en prison, condamné à mort, gracié au tout dernier moment, d'avoir l'expérience de la guerre, aux frontières de la mort, tout cela s'est ajouté à son expérience des défis entre écoles après son retour au Japon, pour aboutir à un Budo parfait, à la victoire absolue.

Après avoir pratiqué de nombreuses années pour atteindre ce but, il fut un jour défié par un officier de marine instructeur de sabre. Il l'affronta sans arme, l'officier fut incapable de le toucher. Après ce combat, O Senseï se lava au puits et fit quelques pas dans son jardin. Soudainement, il s'immobilisa, sentant la terre trembler sous lui. Une pluie d'innombrables rayons d'or tombait du ciel et s'élevait en même temps du sol, transformant son corps.

Son corps purifié s'étendit aux limites de l'univers et il comprit le langage des oiseaux. Il pouvait voir le vent et tous les phénomènes.*

Il pensa alors: "Le désir de victoire est aveugle. Il faut devenir amour, être soi-même l'Univers. La source du Budo est amour Divin et compassion universelle".

Il comprit que le vrai Budo est mise en ordre, création et protection. Cette expérience fonda l'aikido.

A la même époque, le comte Yamamoto Gombei, ancien premier ministre, lui demanda de venir enseigner à Tokyo. Le Révérend Deguchi lui conseilla d'accéder à cette demande. Il donna alors des leçons à l'entourage impérial, à l'Etat-Major et aux grandes familles d'affaires. Il partageait le reste de son temps entre les écoles militaires, les dojos universitaires et les dojos des grandes entreprises.

Cependant vers 1935, insatisfait de ce que le développement de l'aiki bujutsu lui prenne trop de son temps et n'empêche, par là même, son développement personnel, il acheta des terres incultes à Iwama pour y réaliser son rêve d'étude du Budo conjuguée à la culture de la terre. Sur ce, la seconde guerre mondiale éclata. Les élèves furent dispersés par la guerre, les différents Budo passèrent sous la coupe du gouvernement qui imposa un conformisme qui était loin de plaire à son esprit indépendant.

Il créa alors l'aikido pour en affirmer la spécificité puis distribua les postes de responsabilité à ses élèves et, en particulier, le dojo de Tokyo à son fils. Il quitta alors Tokyo pour se consacrer à son oeuvre, ouvrit un dojo de plein air à Iwama et y travailla à la création constante de l'aikido.

Grâce à son action et malgré l'interdiction par les forces d'occupation américaines et toute forme de pratique des arts martiaux, il n'y eut aucune coupure dans le travail de l'aikido qui put ainsi reprendre son développement à partir du dojo de Tokyo en 1948, dès la levée de l'interdiction.

Vers 1956, l'actuel Doshu se consacra entièrement au développement et à l'enseignement de l'aikido. A la même époque et avec l'autorisation de O Senseï, commençaient les démonstrations publiques. De nombreuses salles s'ouvraient dans les écoles, les universités et les entreprises. Cette époque voyait aussi l'aikido s'ouvrir vers l'extérieur du Japon.

En 1951 Maître Mochizuki Minoru est le premier à présenter l'aikido en France et, par là même en Europe.

L'année suivante, Maître Abe Tadashi arrive à Marseille et commence à developper l'aikido en Europe. A la même époque Maître Tohei Koichi implante l'aikido à Hawai et aux USA. En 1961, O Senseï, âgé de 78 ans, est invité à HawaI à l'occasion de l'inauguration du Dojo de l'Aikikai de Hawai, cette tournée marque le début de la véritable internationalisation de l'aikido.

En 1956, M. André Noquet est le premier français à venir travailler à l'Aikikai. Dans les années soixante, les Uchi deshi de l'après-guerre se dispersent de par le monde: Yamada Yoshimitsu aux USA, Sugano Seichi en Australie (aujourd'hui au Bénélux), Noro Masamichi et Tamura Nobuyoshi en France, Chiba Kazuo en Grande Bretagne (aujourd'hui aux USA), Kanai Mitsunari aux USA. En même temps les Maîtres Nakazono Mutsuharu, Kobayashi Hirokazu, Tada Hiroshi, Asai atsuaki, Ichimura Toshikazu, etc., hauts gradés de l'Aikikai arrivent en Europe.

La majorité d'entre-eux y résident toujours. La Fédération Internationale d'Aikido est créée en 1975, elle comprend six fédérations continentales (Amérique du Nord et Amérique du Sud) et plus de quarante fédérations nationales.

De nombreux autres pays ne sont pas encore représentés au niveau international bien que des groupes de pratiquants y soient actifs. La FIA est aujourd'hui membre de l'A.G.F.I.S. (Assemblée Générale des Fédérations Internationales des Sports)

*Ndt:

Concernant cet épisode de la vie de O Senseï, nous renvoyons le lecteur intéressé aux expérience de transmutations vécues par d'autres mystiques appartenant à toutes les traditions. Consulter par exemple l'oeuvre de Mircea Eliade

Tamura Aikido,  1986, Tamura Nobuyoshi 

Biographie de Maître TAMURA

Nobuyoshi TAMURA, né le 2 mars 1933 à Osaka, nous a quitté le 9 juillet 2010.

Il débute la pratique du Judo et surtout du Kendo au collège, sous la direction d’un ami de son père, lui même enseignant de cet art.

Particulièrement attiré par le Zen durant sa jeunesse, il devient adepte de la macrobiotique fondé par Georges OHSAWA.

Après le décès de son père, Nobuyoshi souhaite devenir totalement indépendant. Il découvre l’aïkido en 1952 et reçoit l’aide de nombreuses personnes, parmi lesquelles Seigo YAMAGUCHI. Ce dernier doit retourner dans sa ville natale pour se marier et lui propose d’habiter sa maison jusqu'à son retour, prévu un mois plus tard. De retour avec son épouse, Maître YAMAGUCHI lui suggère de devenir uchi-deshi afin d'avoir un toit et le couvert.

Le jeune TAMURA écoute son conseil et intègre l’aikikai Hombu Dojo, le 5 août 1952 en tant qu’élève interne. Il suit principalement l’enseignement du Doshu Kisshomaru UESHIBA et de Kisaburo OSAWA, et devient rapidement l'un des disciples les plus proches du fondateur Morihei UESHIBA. Durant plusieurs années, il accompagne O Sensei dans la majorité de ses déplacements et est son partenaire privilégié pour les démonstrations publiques.

Il est nommé shodan le 13 mars 1955. Devenu instructeur au Hombu Dojo, il enseigne également au US Navy Special Service Center de Yokohama ainsi que dans d’autres dojos de Tokyo.

Le 25 octobre 1959 il est promu 5ème dan.

En 1961, il partage avec Koichi TOHEI, l’honneur d’accompagner le fondateur à Hawaï lors de sonpremier voyage hors du Japon.

En 1964 Nobuyoshi fait la rencontre d’une nouvelle pratiquante, Rumiko au hombu dojo, et l’épouse peu de temps après. Ayant prévu de découvrir l’Europe durant son voyage de noces, il est missionné par l’aikikai pour étudier le fonctionnement de l’Aïkido en France au travers des structures associatives.

A son arrivée à Marseille, il est accueilli par Maître NORO et Maître NAKAZONO. Ce dernier l’invite à Paris et le laisse enseigner dans son dojo. Après onze années passées à l’aikikai de Tokyo, Maître TAMURA décide de s’installer définitivement en France. Il adhère à l’ACFA créée par NORO, puis il rejoint les groupes adhérents à la Fédération Française de Judo et Disciplines Associées (FFJDA) en 1971.

Par l’intermédiaire de NAKAZONO Senseï et du cercle de macrobiotique, TAMURA Senseï fait la connaissance du Maître Zen Taisen DESHIMARU et devient son ami.

Shihan 7ème dan et Délégué officiel de l'Aïkikaï So Hombu, le style de Maître TAMURA devient de plus en plus représentatif. Ce dernier participe à la fondation de l’Union Nationale d’Aïkido (UNA). Puis en 1973, il établi le programme des épreuves techniques et pédagogiques pour l'obtention du Brevet d'Etat de professeur d'Aïkido. Collaborant avec Hiroo MOCHIZUKI et André NOCQUET, il crée en 1975, une “Méthode Nationale d'Aïkido” adaptée aux attitudes et à la mentalité française.

En 1982, Maître TAMURA se prononce pour la séparation de la F.F.J.D.A. et la création de Fédération Française Libre d’Aïkido (F.F.L.A.). Puis en 1985 la F.F.L.A. devient la Fédération Française d'Aïkido et de Budo (F.F.A.B.). Logiquement il est nommé Directeur Technique National. Animant de nombreux stages à travers l’europe, il établit des liens en Allemagne, en Italie, au Portugal, au Royaume Uni, en Belgique, en Suisse, en Suède, en Russie, etc…

En 1989, il reçoit la visite du Doshu Kisshomaru UESHIBA venu le féliciter à l’occasion du 25ème anniversaire de son arrivée en Europe.

En septembre 1995 TAMURA Shihan inaugure son dojo personnel à Bras, dans le Var. L’inauguration officielle (dojo biraki) du « Shumeikan dojo » a lieu en présence de son ami Masando SASAKI, prêtre Yamagake San'in Shinto et Shihan 8ème Dan de l’aikikai de Tokyo.

En 1999, il reçoit la médaille de chevalier de l'ordre national du Mérite.

Si Maître TAMURA enseigne dans le monde entier, il dirige en France, un stage tous les mois de la saison en alternant les régions. Depuis la fin des années 90 à 2008, un stage annuel international a lieu à Paris au mois de mai, réunissant environ huit cents pratiquants venus de toute l'Europe !

Durant l'été TAMURA SHIHAN donne, de 1978 à 2009, trois stages internationaux d'une semaine qui réunissent plusieurs centaines de pratiquants à Lesneven (en juillet), Saint Mandrier (fin juillet-début août) et à La Colle sur Loup (en août).

Durant le premier trimestre 2010, il anime ses derniers stages : stage international à Compiègne en janvier, stage CEN/CER à Lyon les 27 et 28 février, stage de Dijon les 13 et 14 mars, et stage en Espagne les 27 et 28 mars.

Nobuyoshi TAMURA nous quitte le 9 juillet 2010, à l'âge de 77 ans.

TAMURA SHIHAN a consacré sa vie depuis 1964, à construire l'Aïkido européen. Appelé « sensei » par respect par ses élèves, il fut l’un des enseignants d’Aïkido les plus influents et populaires en Europe et dans le monde. Connu pour son efficacité et sa virtuosité technique, TAMURA Sensei est aussi l'auteur de trois ouvrages. Les deux premiers "Méthode nationale d'Aïkido" et "Aïkido" sont des ouvrages techniques, aujourd'hui épuisés.  Le troisième "Etiquette et Transmission" est un ouvrage sur l'esprit et le cœur de l'Aïkido.

Kuroda Tetsuzan:

Hino Akira